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Publié le 04-03-2009

Avec les Indiens Guambianos à Silvia


Source : www.apaec.org  ( tous droits réservés )


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Pour accéder à ce village du Cauca perché à 2600 mètres d’altitude, il faut prendre la route vers le sud si l'on séjourne à Cali, et celle du nord si l'on est basé du côté de Popayán. Connu pour son marché et ses Indiens Guambianos, il se trouve à peu près à mi-chemin entre les deux, soit à environ 1h30 de route.

 

Une visite à Silvia doit s'envisager le mardi matin. Ce jour-là, les Indiens Guambianos se rendent dès potron-minet en masse au marché, certains pour vendre leurs produits (des fruits, des légumes, des herbes diverses), d'autres pour faire leurs courses. C'est aussi un lieu de rendez-vous pour tous ces paysans qui peuvent ainsi se retrouver régulièrement et échanger des nouvelles de leurs familles.


Lorsque l'on arrive par la route de Cali, on est frappé par la quantité de champs de canne à sucre. Une monoculture qui gagne du terrain sur la polyculture vivrière et 
appauvrit les habitants de la région car elle profite essentiellement à quelques grands groupes industriels. De plus en plus réservée à la fabrication de bio-carburants, elle est un des facteurs responsables de la malnutrition dans le pays.



 

Une petite heure après le départ, à Piendamó, on quitte la voie Cali-Popayán. On tourne à gauche si l'on vient de Cali, ou bien sûr à droite si l'on arrive du sud. Piendamó est une petite ville du Cauca à 1400 mètres d’altitude où les Indiens Paeces et Guambianos (dont la plupart ont participé à la grande Marcha Indígena en octobre 2008 à Cali) sont nombreux. Elle est surtout fameuse en Colombie depuis que la Vierge est apparue à une petite fille, lui transmettant des pouvoirs curatifs. Cette apparition a généré des pèlerinages de toute la Colombie mais aussi d'Equateur et du Pérou.  Aujourd'hui, la ville a retrouvé son calme mais sa célébrité est intacte.

Quarante minutes de montée dans la cordillère plus tard, on arrive enfin à Silvia. On est à la même altitude que Bogotá, le froid et la pollution en moins.

 

Le mardi matin, donc, c'est le marché. Si les Indiens n'ont fait aucune concession sur leur tenue et sont aisément reconnaissables à ce qui pourrait passer pour un uniforme, force est de constater que les nouvelles technologies sont arrivées jusqu'à eux. « Tu reconnaîtras facilement les Guambianos à leur allure, mais la différence avec autrefois, c'est que maintenant, certains circulent à moto et ont un téléphone portable ! » me confiait en riant un Colombien quelques jours auparavant.

En effet, les hommes et les femmes portent tous des chapeaux noirs ou gris de forme carrée et presque tous identiques.

La plupart des hommes sont vêtus d'une longue jupe bleue pétrole, façon pagne noué dans le dos, laissant apparaître leurs jambes jusqu'à mi-cuisses. Les femmes, elles, portent un jupon noir, des bottines ou de solides chaussures de marche, et une ruana* de la même teinte que la jupe des hommes. A part une petite bande rouge sur la ruana, leur silhouette basse est essentiellement bicolore, de noir et de bleu.

Les femmes ont une façon bien particulière de porter leurs courses dans leur mochila jetée sur le dos avec le passant tenu par le devant des épaules et le haut de la poitrine. Elles portent également leurs bébés dans le dos, mais pas à l'africaine : le bébé est placé très haut, de façon à ce qu'il puisse voir ce qui se passe devant.


Et si vous avez l’occasion d’entendre une conversation... Vous n’y comprendrez rien car ils parlent entre eux en wam, une langue indigène qui n’a rien à voir avec l’espagnol bien sûr, puisque n’ayant aucune racine commune.

Malgré le monde, commerçants ou clients, et contrairement aux rues animées et bruyantes de Cali ou des quartiers populaires de Bogotá, l'ambiance est très silencieuse.

De nombreuses chivas sont garées dans les rues alentours et sur la place. Dans certaines d’entre elles, des femmes et des hommes dorment à tour de rôle. D'autres n'ont pas déchargé toute la marchandise et des sacs de pomme de terre trônent encore sur le toit du véhicule chamarré.

Comme dans les marchés de campagne, les produits sont regroupés par catégorie. Il y a ainsi le coin des herboristes (impressionnant !), celui des légumes qui dégagent une odeur que l'on ne sent plus en France et avec des pièces d'une taille impressionnante (jamais vu de carottes aussi énormes, de manioc en aussi grande quantité), des fruits (mandarines, ananas, bananes...) mais aussi celui des vendeurs de produits manufacturés moins exotiques (piles, petit outillage)...


Dans une petite rue qui descend de la place, des Indiens attendent à côté d'un petit meuble renfermant des feuilles de papier, sur lequel trône un petite perruche.

 

« Madame ou mademoiselle ? » demande l'un d'eux à Fabiola, une amie qui nous accompagne, en me désignant discrètement du regard. « Madame » répond solennellement et à voix basse notre amie, sur le même ton, comme si notre vie en dépendait. L'homme se penche alors vers la perruche, lui sussure quelque enchantement à l'oreille et l'animal choisit de son bec une petite feuille parmi les centaines alignées dans la boîte. « Prenez-la » m'indique l'homme, « et conservez-la ».

 

« L'horoscope qu'il contient n'est jamais négatif » me précise Fabiola alors que je suis plongée dans sa lecture. En effet, après avoir lu (ô sacrilège !) ceux de mes deux enfants et de mon mari, je me rends compte que tous semblent essayer d'exercer une influence positive sur le comportement de chacun, incitent à plus de solidarité, de compréhension, de respect d'autrui.

 

 

 

 

Avant de reprendre la route pour Popayán (où pour Cali), une petite visite de l'église à la façade blanche sur la place s'impose. Et pour mieux s'imprégner de l'ambiance, je vous conseille un arrêt au café du coin de la place pour siroter un jugo, un tinto ou pour ceux qui n'ont pas froid aux yeux un petit aguardiente !

Guylaine Roujol Perez

 

* terme utilisé en Colombie pour désigner le poncho.

 

Photos : Guylaine Perez

 

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