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Publié le 30-01-2009

A Ciudad Bolivar avec Hogar Integral


Source : www.apaec.org  ( tous droits réservés )


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Dans le sud de la ville, avant d'entamer la montée vers Ciudad Bolívar, premier arrêt à la cuisine centrale de la fondation. Ici, on confectionne les repas qui seront livrés dans quelques heures dans le bidonville tout proche et distribués selon les modalités de différentes structures comme celles des restaurants communautaires,  des crèches, ou dans le cadre du programme « Olla vacía ». Cinq employées gantées et portant des bonnets s'activent sous le regard de la responsable nutritionnelle. Les repas chauds sont ensuite conditionnés dans des caissons isothermes qui maintiendront la température élevée jusqu'à la distribution sur place. Hogar Integral délivre chaque jour 5700 repas sous forme de petit-déjeuners, déjeuners et goûters. La plupart des bénéficiaires n'ont pas d'autres ressources alimentaires. Une grande responsabilité pèse donc sur les épaules de Maria Cristina : la fondation doit, coûte que coûte, continuer à distribuer ces repas.



Deuxième arrêt dans une école maternelle du quartier San Francisco. La fondation San Antonio assume les salaires des enseignants tandis qu'Hogar Integral offre les locaux, le petit-déjeuner, le déjeuner, le goûter, les livres et autre matériel. Les enfants peuvent, en rentrant chez eux, se contenter d'une simple aguapanela le soir sans être dénutris. Il y en a 135 en tout, de 2 à 5 ans. Il ne s'agit pas encore du bidonville mais d'un quartier pauvre, de strate Sisbén 2. Les enfants réunis sur la terrasse du bâtiment chantent « Feliz cumpleaños »... à Bogotá qui fête en ce 6 août le 470e anniversaire. Vêtus de jeans et d'une blouse grise, ils sont souriants et plutôt disciplinés. Derrière eux, s'étend l'immense bidonville. Dehors, la route est encore goudronnée pour quelques mètres.
Et puis voilà, d'un seul coup, le bitume a laissé la place à une piste terreuse qui laisse s'envoler, de chaque côté du véhicule, des nuages de poussière. Sur le chemin, les petites crevasses alternent avec de gros cailloux. Les maisons en dur laissent peu à peu la place à des maisons de bric et de broc, parfois constituées de matériaux divers agglutinés les uns aux autres pour former une paroi, un toit. Tôles, bois, parpaings... On dirait un immense terrain vague. C'est l'heure à laquelle les enfants sortent de l'école, aux alentours de midi. Ils sautillent joyeusement au milieu des chiens errants.
Plus on monte dans la colline, plus la pauvreté augmente. Jusqu'à arriver à la strate sisbén 0. La grande pauvreté, l'indigence. Malgré cela, ce qui frappe, c'est le sourire accroché aux lèvres de la plupart des gens que nous croisons, spécialement les enfants. On imagine comme ils doivent patauger dans la gadoue les jours de pluie.

Ici, le camion d'eau passe deux fois par mois pour ravitailler la population. Le reste du temps, c'est la débrouille. On croise d'ailleurs un groupe de petites filles portant des seaux d'eau. Deux employés municipaux en combinaison ramassent les détritus pour nettoyer le chemin. Vision étonnante tant on a l'impression que ceux qui vivent ici sont oubliés des pouvoirs publics.

Les constructions envahissent chaque parcelle, même là où cela paraît le plus improbable. Une cabane sur pilotis de bois dans un ravin attire notre attention. Incroyable, elle a résisté au tremblement de terre du mois de mai ! Certaines habitations sont uniquement constituées de quatre planches de tôle rassemblées mais arborent un n° ! D'autres sont même « à vendre ». On a parfois l'impression que tout est fait pour copier ce qui existe en ville, là où c'est viabilisé. Des pots de fleurs décorent une cabane. Une tôle pliée fait office de niche pour un chien. On cherche à vivre dignement, comme dans un village ordinaire.

Une petite société s'est reconstruite. « Les gens s'entraident, et cela encore plus quand ils sont de la même région et qu'ils se regroupent en fonction de leurs origines » commente Maria Cristina. Ici par exemple, c'est le quartier des déplacés du Chocó ». En effet, les enfants que nous voyons maintenant ont la peau noire.

 

Troisième arrêt dans un centre de formation. Au premier étage, on dispense des cours d'informatique, d'arts graphiques, d'électronique, de comptabilité de confection, d'électricité. Une douzaine de jeunes adultes travaillent, studieux.

Au rez-de-chaussée, des adolescentes ou jeunes femmes enceintes attendent de recevoir le déjeuner dans le cadre du programme « olla vacía » qui consiste à amener son assiette, ou un récipient, que l'on remplit d'un repas complet qui est offert. Ces femmes reçoivent également des cours dans le cadre de leur future vie de famille : notions d'hygiène, d'éducation des jeunes enfants, de soins primaires etc. Certains ateliers de parents sont obligatoires si l'on veut bénéficier de l'aide alimentaire. Il s'agit également de les stimuler, de ne pas les transformer en mendiantes, de susciter chez elle une démarche active. Au milieu de la queue, une femme sans âge au sourire franc et édenté. Récemment déplacée, isolée, sans ressource, le personnel de Hogar Integral lui permet de se glisser parmi les jeunes femmes. Dans le cas contraire, elle ne mangerait sûrement pas.

Le programme « Olla vacía » veut être au cœur des quartiers, là où on en a besoin. Pour cela, la distribution se fait dans divers points, de façon à ne pas créer une énorme structure, des déplacements de population et des queues interminables. Des maisons sont louées à l'heure (comprendre des habitations, soit un lieu qui comporte un toit) et chacun attend son tour. Dans l'une d'elle, un petit garçon de trois ans ferme le tuperware sans renverser une goutte de la soupe qu'il ramène chez lui, pose dessus le plat principal et fait preuve  en repartant d'une agilité et d'une dextérité étonnante pour son jeune âge. On doit apprendre très tôt à être autonome ici.

 


Le quatrième arrêt se fait devant l'école El Refugio
. Nous sommes maintenant en haut de Ciudad Bolívar. Les plus jeunes, entre 3 et 7 ans, sont déjà attablés. Le repas arrive juste derrière nous dans les récipients isothermes que nous avions vu dans la cuisine centrale quelques heures auparavant. Derrière, dans une minuscule salle de classe obscure, des enfants sont assis devant leur pupitre individuel. L'un d'eux se lève pour montrer son cahier à Patricia, l'enseignante. Il y a écrit quelques mots gratifiants pour cette dernière qui le remercie de quelques paroles encourageantes. D'autres enfants tendent alors immédiatement leur cahier. Ce qui frappe, c'est le contraste entre le dénuement extrême et les petits cahiers propres et impeccablement tenus. Deux fillettes qui ont largement l'âge d'être en CM1 sont aussi scolarisées ici, pour apprendre à lire, donc un niveau CP. « Les cours sont finis pour eux aujourd'hui, mais ils restent là car ils préfèrent être ici avec de la compagnie que de rentrer seuls chez eux» explique Patricia.


Dans la petite pièce qui jouxte celle-ci, l'enseignante de mathématique et d'espagnol n'a pas encore fini son cours. Nous ne nous attardons pas.

Il ne s'agit pas d'une école de Hogar Integral mais cette structure a demandé son aide et on voit en effet que les moyens sont très limités ici.

Partout où l'on passe, les personnes qui nous reçoivent le font avec enthousiasme, prennent le temps de nous expliquer leur travail, le quartier, nous remercient de notre visite et se montrent souriants et chaleureux.


 
Sans même s'en rendre compte,  au bout de Ciudad Bolívar, on passe à Soacha (Cundinamarca). Le paysage y est le même. Des centaines de baraques à flancs de montagne. La couleur dominante est le marron, celle de la terre et des maisons. Nous rendons visite à une famille de déplacés qui sont arrivés là il y a quelques semaines à peine et n'ont... rien d'autre que cette cabane au seul boueux et défoncé. Avec, dans une pièce sans fenêtre deux enfants silencieux  qui attendent (quoi ?), sans jouer, sans jouets, sans rien.

Sur la descente en rebroussant chemin, nous nous arrêtons au magasin de vêtements tenu par Teresa, l'une des 65 employés de Hogar Integral. Cette mère de cinq enfants fait chaque jour deux heures de transport aller, deux heures au retour pour venir travailler ici, dans ce lieu qui pourrait s'apparenter à une structure Emmaüs, dans lequel des vêtements récupérés sont vendus à un prix dérisoire. « On ne donne pas pour éviter la revente et pour responsabiliser les gens » explique-t-elle. Avant de me confier, doucement : « Ici, il y a de la guerilla, et des paramilitaires. Il y a aussi des femmes qui vendent leurs enfants quelques heures contre des bières ou une bouteille d'aguardiente. C'est un quartier à haut risque. Il y a de la misère, de la violence et tant de choses à faire... Beaucoup d'efforts à fournir pour que les enfants qui vivent ici aient une chance d'avoir un avenir.»

 

Le dernier arrêt sur la route du retour se fait dans un centre de Hogar Integral en contrat avec l'ICBF et qui fonctionne également avec l'aide du plan Bogotá sin Hambre (appui nutritionnel de la ville de Bogotá).

Le bas de Ciudad Bolívar me paraît moins pauvre qu'à l'aller...

Le bitume réapparaît, on roule vers une urbanisation plus contrôlée et tout en bas, au détour d'un carrefour, on retrouve la ville... Cela semble si facile de passer d'un monde à l'autre pour nous !
Nous n'avons vu qu'une partie des centres de Hogar Integral qui maille vraiment la colline de Ciudad Bolívar. Mais déjà, on a une petite idée du travail réalisé.


 

L'Apaec a  financé Hogar Integral dans le cadre de divers projets depuis plusieurs années.

Maria Cristina de Arrázola, la directrice, nous écrivait en août dernier :
"Chers amis,
Je voudrais vous remercier de ces visites aux programmes de Hogar Integral dans les hauts de Cazucá et à Ciudad Bolívar.Votre appui a toujours été de grande valeur et a facilité notre travail.
Après en avoir discuté avec l ’un de vos membres,nos principaux besoins en ce qui concerne un de nos centres d ’accueil pour jeunes enfants sont :
>> 2 ordinateurs pour gérer l’information relative à 640 enfants : 3 398 000 pesos
>> 2 imprimantes : 298 000 pesos
>> 15 magnétophones : 2 835 000 pesos
>> 20 matelas : 2 540 000 pesos
>> Matériel didactique durable : 3 577 880 pesos (jouets de type : une petite maison, de la dinette, une petite caisse enregistreuse, des mallettes de jeux, des voitures, des puzzles, une petite piscine...)
Mille mercis pour votre générosité et votre intérêt"

Maria Cristina de Arrázola, directrice.
Les fonds ont été envoyés en décembre 2008 par l'Apaec.

Photos : Guylaine Perez et Marie-Christine Lanchantin

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Commentaires Je réagis >>

1. Le dimanche, 15 avril 2012, 21:12 par Luz Cantillo