Recherche hors du cadre de la loi

Témoignage rédigé huit ans après le premier contact avec la famille biologique. Pedro Pablo – Trois familles pour deux enfants.

Recherche payante avec un enquêteur privé

Recherche hors du cadre de la loi.

Témoignage rédigé huit ans après le premier contact avec la famille biologique.

Pedro Pablo – Trois familles pour deux enfants.

Quand notre fils, Pedro Pablo a entamé les recherches pour retrouver sa mère biologique, le père étant décédé, il disposait du dossier de l’ICBF, et de ses souvenirs. Une association en France l’a mis en contact avec un détective privé. Ce dernier savait qu’il avait à faire à un mineur, donc qu’il travaillait en toute illégalité. Pedro Pablo a donné toutes les informations en sa possession, identité de la mère biologique, éléments de son histoire, les zones de la ville où il avait vécu et, bien sûr, sa date de naissance.

L’enquêteur n’a pas dévoilé les coulisses de sa recherche, mais il est évident qu’il avait ses entrées dans certaines administrations et cela lui a permis de retrouver en quelques semaines une personne que l’ICBF n’avait jamais pu rencontrer une seule fois, et qu’aucun membre de l’institution où avait vécu Pedro Pablo n’avait pu localiser avant son adoption. L’assistant social avait pourtant accompagné l’enfant dans le quartier dans lequel il avait des souvenirs, sillonnant les petites rues escarpées, cherchant un indice, quelqu’un qui pourrait donner des renseignements sur cette mère fantôme, dont on avait l’identité complète grâce à la grand-mère paternelle, mais aucun renseignement sur le lieu où elle pouvait se trouver. Comme si elle avait disparu, corps et biens, engloutie, sans que personne ne sache où ni comment.

L’enquêteur a alors réclamé 1500 € pour mettre mère biologique et enfant en contact ! Comme il s’était mis dans une situation irrégulière, nous avons pu négocier la moitié du tarif… Quelle n’a pas été notre surprise quand nous avons appris que la mère biologique n’avait jamais quitté la ville ! Elle qui n’avait pas donné signe de vie durant huit ans, y compris quand la photo de son enfant avait été publiée par le Bienestar Familiar, ne l’avait jamais réclamé à l’ICBF, ni entamé aucune démarche en ce sens… savait pourtant où il vivait puisque peu après son adoption, elle était venue à l’institution pour demander où il était parti, à la grande surprise du directeur de la structure, qui la rencontrait pour la première fois à cette occasion alors que Pedro Pablo avait vécu là plusieurs années.

Avant de mettre mère et fils en contact, l’enquêteur ne manqua pas au passage de tenter de convaincre Pedro Pablo qu’il pouvait « guérir » sa mère biologique par cette démarche. Selon lui, toutes ces mères ayant horriblement souffert, les enfants adoptés, en les retrouvant, peuvent alors « réparer » le grand dommage qui leur a été fait (sic). Pas un mot en revanche sur les années de souffrance d’un enfant isolé, oublié, exposé à tous les dangers que l’on peut imaginer en pareille circonstance.

Pedro Pablo a rencontré quelques mois plus tard sa mère biologique, au cours d’un rendez-vous organisé avec l’aide d’une amie commune de la famille en qui nous, les parents et notre fils, avions totalement confiance et beaucoup d’affection. Cette médiation a permis une rencontre dans les meilleures conditions qui soit de tranquillité et de sécurité.

Pedro Pablo a pu alors confirmer certaines informations que nous avions réussi à obtenir en gardant un contact étroit avec des membres de l’institution où il avait vécu, et qui avaient eux mêmes appris des choses importantes sur son histoire après son adoption : il avait bien plusieurs demi-frères et sœurs, dont l’ICBF ignorait l’existence et ne faisait donc pas mention, l’un d’eux était décédé alors que les autres, une sœur plus jeune et des frères et sœurs plus âgés, étaient toujours en vie. Il a rencontré une grand-mère, des oncles et des tantes, des neveux, des cousins. Une période de flottement a suivi cette première rencontre. Pourquoi la mère biologique n’avait jamais répondu à aucune convocation de l’ICBF ? Pourquoi personne ne savait où elle se trouvait, on la croyait disparue, loin, alors qu’elle vivait à quelques encablures de l’institution où grandissait l’enfant ? Dans les échanges qui se sont instaurés ensuite, elle lui répétait qu’il était le fils préféré, celui qu’elle avait toujours adoré, et qu’elle était si heureuse de retrouver. Pourtant, durant la période où il était en institution comme les années précédentes, lorsqu’il était élevé par sa grand-mère paternelle, décédée ensuite, il n’avait jamais reçu un signe de sa part.

Nous avons noté trop de différences entre les souvenirs de notre fils, les informations en notre possession et l’attitude de la mère biologique, et nous avons retardé l’heure de la rencontre avec cette dernière. D’autres rendez-vous ont suivi au cours d’autres voyages. Et un lien s’est plus particulièrement tissé avec Mariela, une demi-sœur, elle aussi adoptée, à ses 18 ans, par une famille colombienne qui l’a recueillie et élevée comme leur enfant depuis ses 18 mois mais qui n’ont pas su faire les démarches avant (en raison de l’aspect économique lié à l’intervention nécessaire d’un avocat et de la complexité de l’administration). Nous avons fait la connaissance de Mariela et de sa mère adoptive colombienne – comprenant seulement le jour de la rencontre, à notre grande surprise, que la mère de Mariela était une mère adoptive et pas la mère biologique des deux enfants, et nous avons entamé des relations suivies. Nous avons un peu mieux compris quel était l’environnement familial de notre fils avant son délaissement. Et nous sommes devenus les parrains du neveu de notre fils !

Quatorze ans après l’adoption, nous avons le sentiment d’avoir beaucoup avancé dans la connaissance de l’histoire de notre enfant grâce à sa demi- sœur, même si beaucoup de choses resteront ignorées à jamais.

Pedro Pablo est passé par des moments de questionnement, de troubles, de doutes après ces rencontres, car il n’a pas eu, finalement, la réponse à ses questions au sujet de l’histoire familiale. La confrontation entre tous les éléments désormais en sa possession n’ont pas permis de réellement le renseigner car certains se contredisent. Quelques années après, il semble néanmoins plus serein, un tout petit peu plus ouvert sur l’avenir, même si des freins invisibles l’ancrent toujours dans le présent. Il nous semble que le lien que nous avons avec sa demi-sœur n’est pas étranger à ce mieux-être. Notre famille est multiforme, différente des familles « traditionnelles » mais elle s’est ainsi construite, au fil des années, comme un mur qui ne pousserait pas tout à fait droit et avec des matériaux de natures différentes, mais au final, qui s’agence quand même et tient debout. Nous nous sentons un tout petit peu mieux préparés si surgit un jour la demande de notre deuxième enfant de retrouver sa famille biologique. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir présent à l’esprit que chaque cas est unique, et que, comme dans la démarche d’adoption, la seule chose dont on peut être certain… c’est qu’on ne sait pas à quoi on s’expose.

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